mercredi 11 janvier 2012

Rutger HAUER, figure d'artiste





Un peintre sage, réfléchi, modeste malgré sa richesse, tel est le Bruegel du moulin et la croix : Une figure d’artiste mûr, savant et humaniste.


On pourra constater que l’acteur né en 1944 dépasse d’une vingtaine d’années l’âge de son personnage, sa physionomie de hollandais convient parfaitement à l’emploi, d’autant que peu de scènes de nature artistique ne lui sont demandées. Le commentaire remplace la virtuosité picturale. L’incarnation de Bruegel par l’acteur renoue avec des personnages antérieurs de sa filmographie.
Il est vrai que l’on connaît surtout ses rôles de tueurs, de science fiction (le réplicant de Blade Runner), et les films à costumes, comme Ladyhawke, où il excelle dans la performance sportive grâce à sa plastique impeccable.
En 1974, Turkish Delight, le mettait en scène dans le rôle d’un jeune sculpteur : Le réalisateur hollandais Paul Verhoeven avait fait des études d’art et se déclarant lui-même médiocre peintre (dans le genre Magritte) passait au cinéma tout en conservant un regard sur l’art.
Turkish Delight est un film délibérément trash, inspiré par l’underground d’Amsterdam. D’autres films marginaux ont suivi toujours avec l’acteur.
Les films de Dusan Makavejev, WR les mystères de l’organisme, 1971, puis Sweet movie, 74 avaient déterminé un cadrage du rapport entre sexe et révolution, aboutissaient au théâtre de l’orgie de l’Actionnisme Viennois ; ici il s’agit d’une application spontanéiste peu théorisée, des pulsions érotiques dans un comportement privé. Cependant aucun film français ou américain ne peut se comparer, la trilogie de Paul Morrissey (Flesh, Trash, Heat, des années 70) est pudibonde en comparaison. Mais Verhoven ne cherche pas la caution  esthétique d’un mouvement artistique d’où le caractère « bordélique » du film.




Pour ce qui concerne l’art, le sculpteur et ses copains travaillent sur un décor monumental souterrain, tel que celui du métro qui finit dans les gerbes dans les immondices du banquet.




 Plus tard et dans une passion amoureuse, une phase positive, le héros bénéficie d’une commande officielle pour un hôpital d’enfants déficients : l’inauguration par la reine tourne au happening et les modèles de sculptures sont balancés dans le canal.







Les scènes de pose et de lit dans l’atelier, d’une crudité rare, sont agrémentées de tous les registres de la coprologie.
En changeant de style, quittant la figuration, le sculpteur passe aux assemblages de déchets fondus au chalumeau ; des poupées en particulier : totale conformité à la mutation d’un art académique au profit d’un Nouveau Réalisme à la fin des années soixante.




Puis se défoule dans des crimes sanglants, lorsque sa compagne meurt : Crimes passionnels, mais les liens entre sexe et  art, sexe et crime, et art et crime s’inscrivent dans les présupposés des figures d’artistes.

Beaucoup d’hémoglobine encore dans : Flesh and blood, (La chair et le sang), 1985, toujours de Verhoeven (cette production européenne fut le passeport pour Hollywood du réalisateur et de l’acteur). Film historique palpitant et particulièrement bien documenté : l’action se passe en 1500, dans les marches italiennes, les apports de l’humanisme renaissant contre un moyen-age finissant et barbare.


Rutger Hauer incarne Martin, le chef d’une bande de mercenaires en rupture de contrat, sous l’égide d’un Saint Martin, qui pille puis viole, enlève (se laisse séduire par) Agnès, la fiancée du jeune Arnolfini. ( Avec un tel nom, faut-il voir dans Agnès/Martin un jeu de mot sur l’actualité artistique?) La jeune fille assez perverse au demeurant sera l’enjeu de sa reconquête par le fiancé artiste-ingénieur lors du siège d’un château-fort.
 Puisque l’auteur travaille sur l’histoire de l’art et des techniques, les références culturelles sont nombreuses : L’invention de la fourchette,


 les contre-usages de la peste, l’importation des marionnettes du théatre d’ombre du wayang kulit, spectacle malencontreusement interrompu par la chute du cocu dans l’arbre (motif de la farce médiévale)



 et surtout la mise en oeuvre des engins de guerre inventés par Francesco di Giorgio, dont le jeune homme emporte les plans et qu’il améliore grandement.


Les psychanalystes ont interprété la grande échelle des pompiers. La technologie vole littéralement au secours de l’amour  non- courtois, quand les charmes de Martin  tout de blanc moulé -quand il est vêtu- sont tellement plus virils...



Déja auréolé en 1500, Rutger Hauer pouvait devenir un portrait  humaniste vivant en 1563.




Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire